Montréal, 29 mai 2026 (Sportcom) – « Une denrée rare », « une arme secrète », « un deuxième père ». Voilà comment la plongeuse de haut vol Simone Leathead décrit tout bonnement son entraîneur Stéphane Lapointe en entrevue.
L’entraînement de l’équipe nationale venait de prendre fin à la piscine du Parc olympique. Pendant un peu plus d’une heure, les plongeurs se succèdent, 20 mètres au-dessus de l’eau. D’abord munis de harnais de sécurité le temps d’atteindre les plateformes, ils lancent ensuite l’équipement à l’eau avant de s’élancer à leur tour, sous le regard attentif de leur entraîneur et encouragés par leurs coéquipiers.
Toutes les têtes pointent vers le plafond et suivent l’action qui paraît particulièrement longue. L’entrée à l’eau est vive et sonne comme la détonation d’une arme à feu. S’en suivent les conseils d’un entraîneur volubile, toujours en mouvement aux abords de la piscine.
« J’en profite aussi pour faire mon cardio », lance à la blague Stéphane Lapointe, tout en sortant son cellulaire de ses poches pour filmer le prochain plongeon. Il analyse chaque séquence durant l’entraînement, qui se déroule à un rythme effréné.
« C’est la meilleure personnalité pour pouvoir coacher ce sport. Très intense, plein d’énergie, toujours sur le go », spécifie Leathead, vice-championne du monde en titre, qui le côtoie depuis une dizaine d’années. Il était déjà son entraîneur de plongeon avant de suivre son conseil et de tenter sa chance au haut vol.
« C’est lui qui m’a dit que je devrais essayer, que ça allait m’offrir plus d’opportunités et au moment où il me l’a proposé, je n’en avais plus vraiment. Il m’a guidée dans ça, j’ai cligné des yeux et j’étais rendue au 20 m », raconte la Montréalaise.
« Steph, c’est une personne ouverte, très à l’écoute. Il est toujours là pour nous aider et nous soutenir, peu importe ce qu’il se passe dans nos vies. C’est vraiment quelqu’un de spécial. »
« Un sport qui fait peur »
À l’âge de 18 ans, Stéphane Lapointe voyage et participe à des spectacles de plongeon. « Un peu comme à la Ronde », précise-t-il. Un jour, lors d’un spectacle au Japon, il rencontre Lysanne Richard, alors trampoliniste. Ils sont demeurés en contact et dix ans plus tard, la future plongeuse a approché son ami et lui a proposé un nouveau projet.
« Les femmes venaient d’intégrer le Circuit Red Bull Cliff Diving. Comme elle savait que j’étais entraîneur de plongeon, Lysanne m’a contacté pour que je l’aide », raconte celui qui dirigeait les athlètes du club CAMO.
Au départ, elle est la seule plongeuse de haut vol du groupe. D’autres se sont ajoutés et en 2022, le tout premier programme officiel en plongeon de haut vol a vu le jour. On en compte quatre aujourd’hui, situés au Canada, aux États-Unis, en France et en Italie.
« Je suis passionné et j’aime les défis. C’en était un de travailler là-dessus et d’adapter un plongeon en plongeon de haut vol. C’était bien d’avoir juste une athlète au début, j’ai pu faire mon œil, connaître mon style comme coach de haut vol et la façon dont je voulais faire ça. Quand j’ai eu une gang complète, je savais où je m’en allais. »
« Il n’y a personne qui pratique ce sport-là et qui n’a pas peur. C’est tellement risqué. Sachant ça, en tant qu’entraîneur, je préfère utiliser la peur comme un superpouvoir. On se prépare mieux, on calcule tout et on n’est jamais trop confortables. Ce n’est pas une limitation, ça nous permet de maximiser notre préparation. »
- Stéphane Lapointe
Son style repose principalement sur la communication, la confiance, puis la sécurité physique et mentale. De précieuses relations se sont bâties et servent de fondation afin de faciliter les échanges.
À l’entraînement, chaque manœuvre est méticuleusement décortiquée et répétée avec des harnais, dans l’eau, à sec, ou encore sur les trampolines, avant d’être effectuée sur la plateforme.
« C’est un sport qui fait peur, qui apporte beaucoup d’anxiété, alors je veux que la préparation soit une bonne progression. Je veux qu’en allant en haut sur la plateforme, qu'ils sachent quoi faire, se sentent bien et sachent que je suis là pour les soutenir. »
Le mot « spécial » revient souvent quand on demande aux athlètes de décrire leur entraîneur. Leurs propos expriment une confiance sans faille, un réel atout quand vient le temps d’être écouté, ou de comprendre les ajustements à apporter.
Maintenant, un simple regard suffit à Lapointe pour connaître l’état d’esprit de ses plongeurs. Il saura ensuite trouver les bons mots.
La capitale du haut vol
Il y a plusieurs années, la majorité des spécialistes du haut vol peaufinaient leur art sans entraîneur. C’est ainsi qu’ils avaient appris dans les cirques ou sur les bateaux de croisière. Le sport s’est professionnalisé au Canada, comme le désirait Stéphane Lapointe. Une approche plus sécuritaire s’impose désormais sur la scène internationale et les athlètes souhaitent maintenant être mieux encadrés.
Des plongeurs ont ainsi choisi de déménager à Montréal pour profiter des conseils de l’entraîneur, une sommité dans le domaine.
« Il nous aide techniquement et mentalement. On est nerveux au 20 m, c’est difficile d’avoir confiance en soi. On est vraiment chanceux de l’avoir et c’est pour ça que plusieurs personnes sont déménagées à Montréal », suggère Molly Carlson, originaire de Thunder Bay, en Ontario.
Sa coéquipière Simone Leathead en a été témoin : la présence de son « deuxième père » a motivé bien des gens à quitter le nid familial et s’installer à Montréal.
« Il est un des meilleurs coachs au monde, si ce n’est pas le meilleur ! Quand les gens peuvent venir ici, même temporairement, ils le font et repartent à la maison avec tellement de nouveaux outils. Du bagage que Steph aura donné en très peu de temps. L’avoir tous les jours à nos côtés, c’est une arme secrète. »
Le mois dernier, Plongeon Québec a annoncé la création de la toute première cohorte d’Équipe Québec en plongeon de haut vol. L’objectif est d’offrir une aide supplémentaire dans le développement des athlètes, qui rêvent de voir leur sport être ajouté au programme des Jeux olympiques. Un défi de taille pour un entraîneur à la hauteur, selon qui tout reste à bâtir.
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Rédaction : Luc Turgeon
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