Quelques secondes… Voilà tout ce qu'il faut pour faire monter l'adrénaline dans le corps, pour que le cœur s’accélère et pour faire naître le doute. À plusieurs mètres au-dessus de l’eau, chaque plongeur doit tout de même apprendre à surmonter sa peur pour ne penser qu’à une chose : le mouvement. Le plongeon de haut vol, c’est bien plus qu’un saut vertigineux. C'est un sport où la préparation et la force mentale se rencontrent en une fraction de seconde.
Il est important de le démystifier : tout bon plongeur n’arrête pas forcément d’avoir peur, il apprend plutôt à reconnaître cette peur et à s’en servir pour rester concentré.
Parlons biologie !
Lorsqu’un plongeur se retrouve au sommet de la plateforme, son cerveau détecte la hauteur comme une situation potentiellement dangereuse. Située dans le lobe temporal, une petite structure du cerveau impliquée dans la détection des menaces nommée l’amygdale, déclenche rapidement une réponse de stress.
Le corps libère alors de l’adrénaline et du cortisol. Grâce à cette première hormone, le rythme cardiaque augmente, la respiration devient plus rapide, les muscles se contractent et l’attention se concentre fortement sur ce qui se passe. Le plongeur peut ressentir des tremblements ou des pensées comme « et si je me trompe ? »
C’est la fameuse réaction de « combat ou fuite ». Dans le cas du plongeur, il ne peut évidemment pas fuir une fois engagé au sommet!
Parlez-en à Simone Leathead, plongeuse québecoise de haut vol ! La médaillée d’argent du 20 mètres aux Championnats du monde de Singapour en juillet 2025 avoue ne pas ressentir ce stress des hauteurs. C’est notamment grâce à sa confiance en ses capacités, elle qui a gravi les plateformes à une vitesse fulgurante !
« Tout le long de ma carrière de plongeon, je n’avais aucunement envisagé que le plongeon de haut vol pouvait être une possibilité. Mon entraîneur, Stéphane Lapointe, m’a fait découvrir ce sport et il a vraiment travaillé fort pour me convaincre de l’essayer. J’ai finalement essayé et on dirait que j’ai cligné des yeux et je me suis retrouvée sur le haut du 20 mètres, a témoigné Simone. Ma transition vers le plongeon de haut vol c’est fait assez rapidement, mais j’y ai vite trouvé mon aise. Ça m’a permis de me découvrir en tant que personne et d’accepter que je ne peux pas tout contrôler. En plus de tout ça, le plongeon de haut vol me permet de voyager à travers le monde. »
Maintenant qu’on a identifié la source, quoi faire?
Avec l’expérience, le cerveau apprend que la sensation de peur ne signifie pas nécessairement qu’il y a un danger immédiat. Un plongeur expérimenté peut donc ressentir exactement la même montée d’adrénaline qu’un débutant, mais l'interpréter différemment.
Cette interprétation est importante. Au lieu de lutter contre la peur ou d'essayer de la faire disparaître, le plongeur accepte la sensation et ramène son attention sur sa routine : respiration, position de départ, visualisation du plongeon, mouvements techniques, etc.
« C’est super important d’être dans le moment présent. J’ai la chance de travailler avec un préparateur mental qui m’aide beaucoup à rester concentrée sur ce que je contrôle. C’est un sport qui comporte des risques, donc il faut être 100% présent. Quand je suis au bout de la plateforme, je ne peux pas penser aux conditions météorologiques, je suis uniquement en train de visualiser ma technique », a précisé la plongeuse de 23 ans. Avec les répétitions, le cerveau développe aussi une « habitude ».
Plus le plongeur est exposé progressivement à la hauteur et aux mouvements difficiles, plus son cerveau apprend que cette situation est contrôlée et prévisible. La réaction de peur peut alors devenir moins intense.
« Je décortique le plongeon en plusieurs étapes pour pratiquer sur les plateformes plus basses. Ça me permet de faire plus de répétitions et de pouvoir fixer mes erreurs avant de monter au 20 mètres », a souligné l’athlète.
C’est pourquoi les plongeurs de haut niveau ont souvent une routine très précise avant leur saut. Elle permet de donner au cerveau des repères familiers.
Simone défend les couleurs du Canada sur la scène internationale du plongeon de haut-vol depuis 2022. « Ç’a toujours été un honneur pour moi de représenter le Québec et le Canada. Il y a quelque chose d’indescriptible d’avoir la feuille d’érable sur mon maillot lors de chaque compétition. Mon entraîneur [Stéphane Lapointe] joue un rôle déterminant dans le développement du sport non seulement au Québec, mais aussi à l’international », a-t-elle conclu.
Simone fait d’ailleurs partie des trois athlètes membres de l’Équipe du Québec de haut vol 2026.
Photo : Antoine Saito
